SYMPOSIUM INTERNATIONAL LES ENFANTS DE LA GUERRE

Devenir, mémoire et traumatisme

Synthèse des débats

par Bernard Doray

Quelles priorités pour les enfants de la guerre ?

Victimes de la violence extrême de la guerre, les enfants sont les plus vulnérables. Morts, infirmes, sans foyer ou séparés de leurs parents, nés de viol de guerre, voire enrôlés de force, ils se comptent par millions depuis une dizaine d’années.

Le traumatisme de la guerre bouleverse l’enfant dans son psychisme, dans sa culture et son environnement, dans son devenir. Comment aider ces enfants à renaître, à sourire, à rêver, à jouer, à grandir à nouveau ? A devenir des adultes qui auront d’autres repères que la violence ? Comment entendre aussi ce qu’ils ont à dire du monde que leur font les adultes ?

Le devoir de soin est aussi est un devoir de prévention : il s’agit de les aider à sortir de la passivité du traumatisme. L’enfant, en reprenant confiance parce qu’il se sait écouté, en réapprenant à parler et à créer, va réapprendre à vivre, apprendre à choisir un autre devenir que la lancinante répétition de la souffrance subie et infligée.

Par le récit, la parole créatrice, il s’agit moins d’exprimer la souffrance, d’expurger la mémoire que de construire du sens à partir du non-sens de la guerre. Construire du sens pour se reconstruire, pour aller vers la vie.

Mais l’accompagnement des enfants par un professionnel compétent est essentiel à la réussite de ces thérapies par la création. La pluridisciplinarité est aussi indispensable pour permettre l’articulation de l’individuel et du collectif, du psychique et du culturel. Elle doit aller au-delà du croisement des sciences médicales et sociales et favoriser la rencontre avec des cinéastes, des artistes, des journalistes…

L’approche rationnelle des souffrances ne fera pas l’économie de l’émotion, de la sensibilité. L’empathie avec l’enfant se révèle thérapeutique, au même titre que les soins curatifs.

Chaque intervenant doit avoir à l’esprit qu’il n’y a pas 1 million d’enfants touchés par la guerre mais 1 million de fois 1 enfant… Moati l’exprime en disant qu’il est  » enceint  » des enfants qu’il a filmés au Cambodge. Enceint, il les a portés, aimés et fait renaître.

Approche professionnelle donc, mais approche sensible également.

Loin de la  » pitié dangereuse « , la compassion sélective et temporaire qui se contenterait de l’inaction au mieux – et au pire de l’indifférence – le devoir d’information, c’est dénoncer encore et toujours l’intolérable… Témoigner de l’épouvante du monde c’est autant de perdu pour la banalisation des mines, des armes, des bourreaux et c’est autant de gagné pour l’élan vers la paix.

Contre l’oubli coupable qui condamnerait une deuxième fois les victimes, contre l’amnésie des tortionnaires qui, comme les Khmers rouges, reviennent aux portes du pouvoir, contre la perte de mémoire collective dans le tourbillon de l’économie de marché, comme au Viet Nam, le devoir de mémoire, même s’il n’est à lui seul pas suffisant pour prévenir l’horreur, c’est rappeler encore et toujours la vérité des souffrances et des humiliations passées.

Devoir de prévention et de soin, devoir d’information et de mémoire : il y a urgence à agir.