SYMPOSIUM INTERNATIONAL LES ENFANTS DE LA GUERRE

Devenir, mémoire et traumatisme

COMPTE-RENDU par Bernard Doray

La première année d’activité du programme CEDRATE du CIDEF a permis de faire un bilan de l’existant, de construire un réseau de collaborations, de proposer un projet de recherche qui a été accepté par l’INSERM, et de commencer à définir des principes d’action, une certaine manière d’envisager l’approche de ce domaine. Ainsi avons-nous placé en exergue de notre travail deux principes généraux : (sum) La souffrance traumatique se déroule à la fois dans le psychisme et dans l’environnement humain, c’est à dire dans la culture. Cela nécessite en particulier de prendre en compte le contexte historique et culturel, des actions de soins ou de prévention. Dans les situations de guerre ou de génocide, les professionnels de la santé mentale des pays concernés sont le plus souvent déstabilisés, fragilisés, débordés. D’où l’importance qu’existe un pool d’experts internationaux mobilisable par les grands organismes (UNICEF, UNHCR…) ou par les ONG. Mais il existe un risque que cette émergence d’un urgentisme psychiatrique spécialisé estompe trop les particularités de chaque culture. Il peut en résulter une diminution de l’efficacité des actions ou une difficulté des pays bénéficiaires pour se réapproprier l’expérience par la suite. (sum) L’intervention d’urgence pour assister de très nombreux enfants ne nécessite pas une approche moins qualitative, mais plus qualitative des processus en cause car une procédure standardisée destinée à un usage de masse exige l’excellence. L’excellence, en l’occurrence, c’est la meilleure prise en compte possible de la complexité des situations réelles. Cela exige en particulier l’élargissement de la communauté scientifique aux acteurs  » profanes  » de première ligne, confrontés à la complexité du terrain. Il ne s’agit pas d’être démagogique, de penser qu’il suffit d’être sur le terrain pour avoir la science infuse. Mais de partir du constat que les milieux de recherche ont rarement un accès direct aux situations de guerre et que les acteurs de terrain ont rarement la possibilité de traduire leur savoir faire dans une forme qui permette d’enrichir les connaissances scientifiques. Il paraît donc approprié de : . créer des occasions de mise en relation sérieuse entre les compétences empiriques et les expertises du meilleur niveau ; . Constituer un fonds de documentation incluant un recueil de littérature grise. Encourager la relation monographique d’expériences originales d’une manière qui permette d’en faire l’analyse et de transmettre leurs enseignements (Rwanda) ; . mener des actions de formation qui soient en même temps l’occasion d’un partage de savoir entre experts en santé mentale et acteurs de terrain de première ligne. Un tel aller-retour entre le caractère  » pointu  » des compétences et la prise en compte de la complexité de situations concrètes à chaque fois uniques nous semble nécessiter une sorte de pulsation. Il faut des temps de recentrement de compétences éprouvées à distance des situations de guerre, et des temps de plus grande proximité avec les contraintes de tel ou tel terrain particulier. La présente rencontre correspond à un temps de recentrement. Y ont participé des collègues de disciplines diverses (psychiatrie, psychanalyse, sociologie, histoire, anthropologie) et venus de pays eux aussi très divers : Algérie, Belgique, Bénin, Burundi, Etats Unis, Mozambique, Nicaragua, Viêt-nam. Nous avons par contre regretté que trois experts rwandais se soient trouvés dans l’impossibilité administrative de venir. Je vais essayer de dégager quelques pistes qui se sont dégagées de cette rencontre qui de l’avis général a été très dense et souvent tout à fait passionnante. Après une conférence de presse qui a été l’occasion d’un premier échange, la soirée du 6 mars a été consacrée à une belle conférence de Michèle Bertrand, psychanalyste, Professeur de psychologie et philosophe, sur le thème  » Du trauma au récit : approche psychanalytique « . Elle a en particulier insisté sur la distinction à faire entre l’expérience primaire de la douleur psychique et celle de la souffrance psychique, qui résulte d’une élaboration subjective de la douleur et qui peut alors prendre la forme de ce qu’on appelle un traumatisme ou un trauma. La question de la mise en récit de l’événement traumatique se trouve au coeur de cette élaboration subjective. C’est la mise en récit qui permet de passer de la simple reviviscence à la représentation. Dans le prolongement des analyses proposées par Paul Ricoeur, Michèle Bertrand souligne que le récit instaure une disjonction temporelle entre l’actuel et le représenté et campe le décor d’une identité narrative qui organise une certaine clôture autour de la position subjective du locuteur et un rapport avec l’objet de l’adresse de ce discours. Le récit, qu’il soit oral ou écrit, met l’expérience à l’épreuve de l’altérité et de l’échange. Qui dit échange dit passage d’une auto-référence pure à une loi d’échange et de reconnaissance réciproque. Mettre le traumatisme et la douleur psychique qui lui est associée dans le registre de l’échange, c’est déjà opérer un détachement, une imaginarisation, une mise en sens, bref la possibilité d’une métabolisation subjective de l’expérience. Mais cela nécessite des conditions. Comme le débat l’a souligné, l’abréaction du sujet de la cure psychanalytique n’est pas le modèle absolu pour rendre compte de ce qui se passe de ce mouvement par lequel le sujet en proie à la douleur traumatique remet son expérience dans le circuit de la parole et des échanges humains. Mais l’expérience de la cure a au moins le grand intérêt de nous montrer quelles sortes de conditions sont nécessaires pour que la mise en récit soit éventuellement thérapeutique. Il y faut en particulier l’assurance que le sujet traumatisé qui produit un récit ne le fait pas sous l’effet d’une injonction que l’autre lui impose de venir colmater sa propre angoisse devant le spectacle de la souffrance. Car si tel est le cas, il ne s’agit plus d’une vérité du sujet qui se fraye un chemin vers une écoute, mais plutôt d’un discours cosmétique au service d’une norme. Les implications de cette remarque générale sont tout à fait directes pour ce qui est de la prise en charge des enfants traumatisés. Je rapporterai à ce propos la remarque d’une intervenante rwandaise dont nous avons été privés de la présence par une bien décevante lenteur administrative. Béatrice Nijembéré, qui a organisé une petite colonie de familles artificielles à partir des enfants errants sur les routes de l’exil lors du génocide de 1994 disait en évoquant cette sorte d’injonction systématiquement faite aux enfants de son pays, c’est à dire à des enfants appartenant à une culture où la pudeur concernant la souffrance est comme une seconde nature :  » je connais l’histoire de chacun de ces enfants, je sais les situations souvent atroces que chacun a vécu, mais je ne leur ai jamais posé une seule question. Ce qui est important, c’est d’être disponible pour que, le moment venu, il trouvent quelqu’un à qui se confier. « . Comme en écho, dans sa réflexion écrite sur  » l’espace de la rencontre avec la victime d’un traumatisme réel « , Houria Salhi-Chafai, pédopsychiatre s’appuie sur une formule forte de Winnicott désignant la culture comme  » ce lieu qui n’est pas seulement celui d’une tradition dont on hérite, mais aussi un lieu auquel des individus peuvent contribuer, un lieu où mettre ce que nous trouvons « . Elle conclut que  » dans cet espace fragile de la rencontre chez une victime d’un traumatisme réel, un récit peut s’enclencher, si a été aménagé un équivalent d' » aire transitionnelle  » emphatique où s’écoute, mais surtout peut s’entendre le discours métaphorique du sujet « . Cette question du récit et de l’énonciation comme moment métaphorique qui met en jeu l’originalité sans cesse recommencée du sujet et plus généralement la question des conditions auxquelles un récit peut être thérapeutique, a été au coeur de la matinée du 7 mars. Nicolas Dodier, prolongeant d’une certaine manière le propos de Michèle Bertrand, s’est interrogé sur la pertinence du modèle de la psychanalyse pour rendre compte de la mise en récit de l’événement traumatisant. Il se réfère à la réflexion du sociologue Michaël Pollak sur la fonction du récit comme enjeu du maintien de l’identité dans le cadre de l’expérience et au travail d’Allan Young, anthropologue canadien sur la construction de la catégorie du PTSD (syndrome des troubles post traumatiques) ainsi que sur la fonctionnalité dont est chargée cette notion dans le cadre concret de la prise en charge de vétérans de la guerre du Viêt-nam dans une clinique spécialisée. La réflexion du sociologue vient ici bousculer heureusement le point de vue d’une psychologie un peu abstraite qui traiterait de la mise en récit dans une certaine apesanteur contextuelle. En particulier à partir d’une référence discrète à sa propre expérience sur les questions complexes que soulève le traitement de la responsabilité des accidents dans les entreprises, il propose alors une sociologie de la mise en forme des événements traumatiques. Ces mises en formes sont diverses (récits, productions d’images, fictions, tableaux statistiques, etc.) et l’on s’interrogera alors sur les effets du déploiement de ces mises en forme pour les victimes de guerre. L’esquisse d’une économie de la mise en forme est proposée autour de quatre éléments de grille de lecture : le caractère individuel ou collectif des mises en forme, les contraintes concernant l’objectivité dans la narration des événements, la pesanteur des jugements en responsabilité qui accompagne ces récits, ainsi que les modalités de participation de la victime à la mise en forme de sa propre expérience. Assumpta Naniwe, psychopédagogue burundaise a rendu compte de ses réflexions à propos d’une question de grande importance : dans une situation de catastrophe humaine comme celle qu’a connue son pays, comment articuler les techniques thérapeutiques individuelles et les techniques de masse, s’adressant à un très grand nombre d’enfants ? En contrepoint, se situait une inquiétude sur les risques de la standardisation d’un mode d’approche qui ne serait pas attentif à la valeur particulière attribuée au fait de dire ou de taire dans sa culture. Elle a ainsi rendu compte de son expérience avec un groupe d’une quarantaine d’enfants présentant des troubles importants. Les techniques de mobilisation et de sollicitations étaient diverses (sports, jeux, musique, marionnettes, etc.). Les ressources des symboles efficaces dans la culture ont été utilisées pour autoriser la projection, le détachement. Assumpta Naniwe a ainsi rendu compte de la dynamisation de ces enfants et de cette dialectique du détachement et de la subjectivisation qui apparaît mieux à partir de la relation d’un cas concret. Antoinette Correa et Carine Plasch, psychologues cliniciennes, ont rendu compte du travail mené avec des enfants rwandais recueillis en Belgique. Elles ont montré comment la référence au savoir coutumier, à la langue maternelle ont pu être des outils efficaces pour réinstaller dans leurs filiations et affiliations ces enfants, qui étaient au départ véritablement absorbés par l’institution comme une masse indifférenciée (  » une identité agrégée, marquée par les machettes « ). Il manquait à l’institution toute une série de marques, de signes, d’indicateurs, et il manquait aussi aux encadrants la possibilité de pouvoir se situer eux-mêmes dans un lien autorisant la séparation, c’est à dire un lien temporellement orienté. Les fêtes, les danses, les références à la culture ont permis à chacun, enfants et encadrants, d’habiter ce temps partagé, et de percer la bulle de cet entre-deux sans se mettre en danger. Ainsi les discours écrits des enfants ont ils pu retrouver une adresse. Ainsi les lettres adressées au village ont elles été l’occasion de remonter la série de l’effacement des noms et des surnoms dont ces enfants avaient été l’objet sous l’effet d’une passion victimophilique exagérée de la part des institutions adoptantes, ainsi telle petite fille a-t-elle pu se reconstruire à partir du moment où le décès de sa mère lui a été clairement signifié… Vera Danes a donné un autre exemple de l’usage thérapeutique du récit, à propos du texte d’une jeune recrue bosniaque placée dans une situation particulièrement exposée dans la ville de Sarajevo. Cette thérapie par le récit (associée à des antidépresseurs) a duré trois mois. Ses effets ont été positifs. Véra Danes, a également développé des considérations sur le contrecoup de la guerre, l’effondrement des défenses psychologiques dans la période de  » drôle de paix  » qui a suivi les accords de Dayton. En contre point de son exposé, Maja Guberina, qui a traduit le récit du jeune soldat a fait part des remarques cliniques que lui ont inspiré cette analyse au mot près de ce texte : par exemple l’existence de phrases sans verbe, c’est à dire de phrases dans lesquelles le repère temporel est absent, ce qui a inspiré une réflexion depuis la salle (Béatrice Levy) sur le caractère différé de la communication par l’écrit, c’est à dire sur le rapport particulier au temps qu’autorise ce mode de relation des événements. En contre point de ces expériences référés aux situations de guerre actuelle, Donald Cohen, Président de l’Association Internationale de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent a rendu compte, en des chiffres impressionnants, de la situation de la violence urbaine aux Etats Unis, des programmes communautaires visant à la prévenir, et son exposé suggérait une réflexion sur un usage hors les murs de la psychanalyse dont les écrits venus de la Clinique psychiatrique de Yale, qu’il dirige, porte témoignage. Santiago Sequeira Molina, psychiatre, ancien directeur de l’hôpital psychiatrique de Managua, a rappelé le bilan de 10 années de guerre dans son pays et dressé le tableau péjoratif de l’évolution actuelle de la situation de l’enfance et de la jeunesse, à partir d’indicateurs tels que le taux de suicides (qui a triplé entre 1989 et 1996), la formation de bandes de jeunes et d’enfants de la rue et à la rue ou des jeunes sans occupation. Il a abordé la dimension transgénérationnelle des traumas liés à la guerre, en montrant notamment comment l’injonction de tourner la page de la guerre met ceux qui ont été blessés dans la vacuité d’une stigmatisation négative et parfois de honte. Cette demi-journée s’est terminée avec la projection d’un film réalisé par la Télé Cik Cak de Sarajevo : film de montage d’esquisse de portraits d’enfants réalisés pendant le siège de la ville, qui apportait un contrepoint à ce débat en montrant avec pudeur des fragments d’histoire rapportés. L’après-midi a été principalement consacré à la question des enfants nés des viols de guerre. Elle a débuté par un exposé du Professeur Dang Phuong Kiet, pédiatre, Directeur du Centre de Conseil psychologique aux familles et soins médicaux à Hanoi, qui en intervenant sur les conséquences différées de la guerre dans la société vietnamienne, s’est notamment interrogé sur les relations possibles entre la déshumanisation et la perte de liens relationnels normaux des combattants et la violence qui émerge dans la jeunesse vietnamienne actuelle. Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue a ensuite développé un point de vue d’une part sur la perspective enfantine vis à vis de la scène guerrière donnée par les adultes, d’autre part sur la question de la rumeur préparant le terrain de la cruauté de masse par un effet de décollement et d’inversion entre la réalité et le miroir déformant et caricatural qui en est donné. L’identification inconsciente à un agresseur supposé monstrueux enclenche la mémnique des crimes de masses. Le viol y a un statut particulier, puisqu’il peut épargner la vie, mais il sépare la vie biologique des repères symboliques et imaginaires. Il sépare le Réel de la représentation, le masque de la chair, et c’est en somme de cette opération de dépiautement que naissent les enfants des viols systématiques dont furent principalement victimes les femmes bosniaques en ex-Yougoslavie. Corinne Chaigne et Isabelle Stefanelli, éducatrices spécialisées, ont fait le point de la mise en place d’un chantier de travail sur le question du devenir des enfants nés des viols de guerre en Bosnie. A partir des informations données par les services sociaux de la ville de Sarajevo, il apparaît que la plupart de ces enfants ont été abandonnés puis adoptés par des familles choisies sur des critères de  » qualité humaine « . Quel est alors le rôle de l’institution dans cette interposition entre une vérité non dicible, mais qui devrait être dite aux enfants qui le souhaitent lorsqu’ils seront majeurs ? Comment gérer le secret ou le non-dit ? Comment cette situation peut-elle évoluer lorsque le regard de la société sur ces événements évoluera ? Duda Sokolovic, réalisatrice de la Télé Cik Cak a apporté sur cette question différentes précisions et a fait part d’une opinion non marginale selon laquelle les enfants nés dans ces conditions devraient trouver leur place dans la famille de leur mère naturelle. Sylvestre Barancira, psychiatre burundais a fait part de son expérience et de sa pratique concernant cette question dans son pays. L’identification de l’enfant au violeur (individuel ou indifférencié dans les cas de viol de groupe) fait que la naissance apparaît à la fois comme un don de vie et comme la reproduction du bourreau (  » j’ai engendré des hyènes qui vont le dévorer « ). Mais l’interruption de la grossesse est elle-même vécue comme un acte grave. La manière dont ce transmet la contamination criminelle a été reprise par Isabel Parada Marques, pédopsychiatre mozambicaine, à propos des rites de purification destinés à la réintégration dans la communauté des enfants-soldats : en notant que les enfants qui dans leur initiation à l’armée dans laquelle ils ont été rapté, ont bu le sang des ennemis, semblent garder la trace de cette pollution dangereuse et il en gardent souvent des manifestations psychosomatiques. A ce point du débat, Stéphane Audouin Rouzeau, historien, a produit un état des lieux de la recherche historique sur la question des viols de guerre en Europe aux XlXème et XXème siècles. Ils ont été massifs, mais également sujets à des fluctuations importantes. Cependant, à la différence des viols exhibés et revendiqués par la soldatesque serbe, ces exactions ont été en général cachées ou banalisées (réduite à un  » parasite inévitable de la violence de la guerre « ). Audouin Rouzeau, notamment à propos des attitudes prises par les différents courants idéologiques et d’opinion face à cette pollution du sang national par un sang ennemi, montre la prégnance du paradigme de la mise à mort qui pèse sur ces enfants, pour conclure qu’il n’y a pas d’avenir pour les enfants nés de viols de guerre s’il n’y a pas de sortie de la logique ethnique. Dans le débat, Laurent Le Vaguerèse, psychanalyste, a marqué sa défiance par rapport à une manière collective de traiter les problèmes, soulignant qu’à travers même les masses humaines dont elle charrie le destin, la guerre est une désinscription de la fonction paternelle de rapport à la loi qui agit dans la profondeur de chaque subjectivité individuelle. Enfin Denis Salas, magistrat, a développé son point de vue sur la spécificité du crime dont relèvent les viols de guerre : crime visant à travers l’atteinte des victimes immédiates, la destruction d’un groupe humain (et donc atteignant l’Humanité dans son intégrité), mais aussi crime  » généalogique  » à propos duquel il développe une analogie avec l’inceste qui lui aussi met la victime hors lien et produit du secret. Il souligne la fonction de la loi qui doit nommer le crime, dans ce qu’il a de spécifique et dans toute l’ampleur de ce qui le constitue, qui doit faire accepter la responsabilité, mettre en jeu la dialectique de la plainte et de la sanction, et qui, en énonçant une réparation juridique et la réintégration collective qui en est le corollaire, décrit également en négatif l’espace de l’irréparable. Denis Salas a également inscrit l’existence du Tribunal pénal international dans la perspective initiée par le Tribunal de Nuremberg selon laquelle un droit qu’il qualifie de  » naturel  » doit se superposer au droit particulier des états si ceux-ci se comportent en états criminels. Cette position a suscité un débat sur la légitimité d’un droit qui se situerait hors de l’histoire. L’après-midi s’est terminée par la projection, en avant-première, du film de Bernard Martino,  » Les Enfants de Buchenwald  » en présence de personnes ayant été filmées et interrogées dans le cadre de cette réalisation. Par delà le caractère très poignant des témoignages sur le résistance qui s’était organisée dans ce camp et en particulier sur le sauvetage des enfants par l’organisation clandestine) ce film pose la question des conditions techniques et éthiques de la conservation de la mémoire inscrite au plus profond de la subjectivité des victimes, en même temps qu’elle appartient au patrimoine de la société humaine. Entre archives, narration et histoire, il faut probablement trouver les conditions éthiques et techniques pour conjuguer le point de vue original de ces passeurs de mémoire que sont les réalisateurs de tels films, avec l’universalité du message.