SYMPOSIUM INTERNATIONAL Organisé par le CIDEF

Centre International de l’Enfance et de la Famille

Programme CEDRATE – 6 – 8 mars 1997, Paris

LES ENFANTS DE LA GUERRE Devenir, mémoire et traumatisme

LES CONSEQUENCES DE LA GUERRE AU VIETNAM ET LES EXPERIENCES ADAPTEES AUX STRESS DE LA GUERRE

Pr Dang Phuong KIET La guerre, à n’importe quel point de la planète, s’avère être une des plus grandes épreuves infligée à tout un peuple. Les effets dévastateurs de la guerre sur le plan matériel, dans une certaine mesure, peuvent être évalués et compensés à moyen terme. Cependant, les conséquences dans le domaine psychique – que l’on appelle communément le stress de la guerre – de l’échelle macroscopique de toute la société ; à l’échelle microscopique de chaque famille et notamment de chaque Vietnamien, ne peuvent pas être évaluées avec aisance, car les dommages psychiques perdurent et peut-être s’étalent sur plusieurs générations, ils sont difficilement identifiables et évaluables, ne pouvant être restaurés rapidement. Le peuple vietnamien du nord au sud, en raison des contingences de l’histoire, a souffert successivement plusieurs guerres pendant presque quarante ans, tant de dévastations, tant de morts et tant de douleurs que l’on ne puisse imaginer. Selon les estimations, les guerres au Vietman, durant plusieurs années, ont causé presque trois millions de morts et plus de quatre millions d’infirmés. Sur une période de cinq ans seulement, (1961 – 1966), dans le Sud du Vietnam, il y a eu 250 000 enfants blessés et 10 000 ont été recueillis dans des orphelinats. Des millions d’enfants ont été regroupés dans des camps de réfugiés et un grand nombre d’entre eux sont devenus  » enfants de rue « . Actuellement, il y a encore presque deux millions d’enfants qui souffrent des effets nocifs des agents chimiques utilisés pendant la guerre. Au Vietnam, pour de multiples raisons, bien que la guerre soit terminée depuis plus de vingt ans, il n’existe toujours aucune investigation systématique ou étude de terrain pour identifier et évaluer les effets psychosociaux des traumatismes de guerre, notamment chez les enfants. Néanmoins, dans un certain nombre de CMPP, récemment créés, (1989 – 1997), nous avons constaté chez un certain nombre d’enfants de 7 à 13 ans des troubles psychologiques ou des troubles du comportement tels que l’anxiété, des tics, l’énurésie, l’hystérie. Ces troubles sont liés au fait que leurs pères ont été au combat. Ce ne sont que des remarques, que l’on ne peut considérer comme des traits caractéristiques. On constate également des cas similaires qui n’ont aucun rapport avec le stress de la guerre. Un certain nombre d’hommes – anciens soldats retraités – lorsque leurs enfants entrent dans l’adolescence dans une société en pleine mutation, continuent d’imposer aux jeunes  » une discipline de guerre « . Dans un cas, il en résulte que chaque fois qu’il y a conflit, le fils blêmit et le père rougit ; en fin de comte, le fils fait un ulcère à l’estomac et le père a une hypertension. Un constat semblable peut se faire dans la vie courante du milieu familial, les rues ou l’école. Les conduites de  » pression alimentaire  » chez les nourrissons et de  » pression scolaire  » chez les enfants plus âgés sont des phénomènes très courants dans le Vietnam contemporain. Il s’ensuit des troubles névrotiques chez les nourrissons tels que les nausées et les vomissements, refus de s’alimenter, troubles du sommeil et des troubles psychosomatiques chez les enfants plus âgés tels que des douleurs chroniques, même des ulcères gastro-duodénales entraînant des mesures chirurgicales (pratique de la gastrectomie chez les enfants prépubertaires). Les contrôles abusifs ou le recours à la violence qui portent atteinte à l’autonomie de l’être humain, y compris chez les adolescents, sont des pratiques assez courantes et ont entraîné des conséquences semblables. Dans de nombreuses circonstances, les enfants qui souffrent de tels stress chroniques se trouvent acculés dans des situations plus tragiques : fugues, intégrations dans des bandes, toxicomanie, délinquence et même suicide. Ces conduites de violence, sans maîtrise de leurs pulsions agressives, se manifestent dans les relations entre enfants, entre adultes et enfants, et entre adultes lors de frictions dans la vie quotidienne. La violence de ces attitudes reflète-t-elle partiellement la déshumanisation des combattants qui ont vécu trop longtemps dans les maquis et les grottes, perdant ainsi toute vie relationnelle, dans ce mode de vie du marquisat dans les forêts, dans les cavernes, en réaction de défense contre l’ennemi ? Ces hypothèses ne demandent qu’à être éclaircies par des méthodes appropriées. Le Vietnam a des expériences pertinentes concernant les mécanismes de défense contre les effets du stress de la guerre. Ainsi, je pourrais relater un certain nombre d’expériences à caractère social ou communautaire contribuant à atténuer les traumatismes de la guerre cités ci-dessus. Par exemple : – éduquer tout le peuple, y compris les enfants et des adolescents, par exemple, en leur faisant prendre conscience de la juste cause, de la lutte nationale pour l’indépendance et de préserver la dignité de notre peuple, car notre histoire est riche d’exemples de héros morts pour la Patrie ; – tolérer tout en cherchant à réduire les effets néfastes du stress : entraînement contre les destructions du bombardement, creusement de tranchées, construction d’abris et de classes souterrains, fabrication de chapeaux de paille pour protéger contre les traumatismes crâniens. Des mouvements tels que  » chanter plus haut que la bombe  » ont des effets similaires. – fournir des supports sociaux : réintégrer les invalides dans les communautés villageoises, décréter  » une journée nationale pour honorer les combattants et les blessés 27 juillet « , des programmes d’entraide pour les mères des héros, des logements réservés aux familles des anciens combattants ; programme national réservé prioritairement aux familles des anciens combattants ; tels que éducation, formation, apport des capitaux et création d’emploi. – encourager les invalides à retourner dans leur village natal afin qu’ils retrouvent leur environnement familier et qu’ils se réadaptent à la vie quotidienne. Ainsi, cela a contribué à atténuer les effets du stress de la guerre. Permettez-moi de vous citer des cas pour illustrer ces expériences vietnamiennes. De nombreux blessés graves, (amputés de bras ou amputés de jambes) vivant dans des centres spécialisés et pris en charge totalement par l’Etat, finissent par perdre leur autonomie. Ainsi, ils se sentent dévalorisés et tombent dans des états dépressifs, voire dans la dépression grave. Cependant, ceux qui acceptent volontairement de quitter ces centres pour retourner dans leur village natal et retrouver un cadre familier ont des possibilités de pouvoir se marier avec des personnes de la même condition (par exemple, un invalide paralysé de jambes a épousé une invalide amputée des deux bras). C’est le bonheur conjugal qui a permis de combler, en partie, le vide affectif éprouvé dans des camps spécialisés. Certes, ils vivaient en groupe dans des camps mais ils se sentaient isolés. Lorsqu’ils reviennent à la vie privée, ils sont encore gênés par le handicap physique mais ils ont trouvé le vrai bonheur. Ils ont procréé et élevé avec succès leurs enfants. Les souvenirs d’antan de la guerre, qui étaient pour eux des cauchemars terrifiants tourmentaient sans cesse leur vie psychique (stress de la guerre). A l’heure actuelle, ces souvenirs ne laissent que des traces mnésiques. Ce sont des situations rares mais les victimes de guerre en ont bénéficié – c’est une expérience du Vietnam. Il faut aussi rappeler les conditions socio-culturelles qui facilitent certains points de vue : persistance de la famille élargie, jusqu’à quelquefois cinq générations, culte des ancêtres, réseau de solidarité intrafamiliale élargie (même dans les villes), le jardinage, l’artisanat permettant à des invalides de subvenir à leurs besoins avec une petite subvention de départ. En général, la persistance souvent inconsciente de croyances plus ou moins religieuses facilite les choses, est-ce une raison pour souhaiter que cela dure ? Au Cedrate, Nous adhérons pleinement aux objectifs présentés dans votre projet. La partie vietnamienne est tout à fait disposée à coopérer et à travailler en coordination avec le CEDRATE pour atteindre les objectifs appropriés aux réalités du Vietnam. Nous espérons bénéficier d’une aide ad-hoc sur les plans techniques ou financiers afin de mettre en place le projet efficacement.