Trieste change de visage les jours où la bora, après avoir frappé les premières pentes des Alpes, redescend par les vallées et s’empare de la ville. La bourrasque s’engouffre dans les rues, le long des maisons comme attachées par les cordes auxquelles s’agrippent les passants. Ces jours-là, le vent brouille les regards, efface la monotonie des avenues rectilignes et des lourdes façades austro-hongroises. Les enfants ne vont pas à l’école et le travail s’interrompt. Dans la rue, impossible de régler son pas ou de programmer sa route : on est poussé vers un ailleurs indéterminé. Mais ordinairement, la ville est froide et compassée. L’ocre délavé des bâtiments administratifs rectangulaires, sur le port, n’arrive pas à évoquer l’Italie et les palmiers sur la promenade du bord de mer ont le profil courbé des exilés. Pourtant, Trieste est l’un des lieux de ma géographie symbolique. Un souffle d’utopie y a démantelé les murs de vieilles forteresses, et quelque chose de neuf s’est installé dans la ville.

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